Le rapport à l’Autre : l’indigène

 

Le rapport à l’Autre : l’indigène


Par le Docteur Seltana Aballache,

Chercheure universitaire,

Qui mène un travail de recherche sur l’Algérie.

 

Ce travail de recherche vise à interroger la construction sujet indigène/citoyen français : construction juridique, inscrite dans le cadre de la domination coloniale, qui a pour vocation de maintenir, sauvegarder, le rapport dominants/dominés dans son déploiement politique, social et territorial. Ce statut juridique est en effet associée à une logique de pouvoir dont il faut cependant se demander s'il lui est nécessaire ou non de mettre en avant la distinction entre indigènes et citoyens. À considérer l’entreprise coloniale articulée exclusivement sur la « race », nous pourrions nous dispenser de poser la question de la nécessité du droit auquel fait pourtant appel l’entreprise coloniale. Si la notion de race suffisait, nul besoin de faire appel au droit ? De plus, si le droit venait à prendre en charge quelque chose qui lui préexiste, n'est-ce pas ce geste même qu’il conviendrait d'interroger : pourquoi le droit ?

En effet, l’une des dimensions du droit n’est elle pas d’échapper aux rapports de force, aux déterminismes sociaux ? Le droit peut-il alors être utilisé comme un instrument de pouvoir, de domination ? Le droit n'introduit-il pas, en effet, quelque chose qui ne se réduit pas au « jeu social » ? Ne met-il pas ainsi à nu les rapports de force ? En résumé, l’exigence contenue dans le droit n’étant pas réductible à la force sociale, à la production sociale, pourquoi faire du sujet indigène un sujet juridiquement parlant ? Pourquoi ceux qui n’ont pas les mêmes droits doivent-ils encore appartenir à l’État (notion de sujet).  De là, il serait intéressant d'envisager que la construction du sujet indigène comme sujet juridiquement parlant, et la création d'un système à caractère discontinu, distinguant juridiquement sujet indigène/citoyen français, sous la forme la plus antinomique, ont pu faciliter une politique coloniale de domination. Les camps de regroupement, notamment, illustrent bien la finalité de cette construction juridique coloniale. Ce sont ces statuts, juridiquement opposés sinon contradictoires, qui servent d’outils politiques et sociaux et alimentent l’entreprise coloniale. Les caractéristiques du droit colonial : comment s'entremêlent les exigences propres au droit et les impératifs de la domination coloniale.

Seltana Aballache

 

 

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