MEDJDOUB NACER

 

 

Langue maternelle,

Langue éternelle...                                   

 

Medjdoub  Nacer vit avec la langue tamazight à « sang pour sang ». Ce fervent fils de la terre des ancêtres ne se contente pas seulement de parler convenablement sa langue, ni de l’enseigner avec passion au sein de plusieurs associations culturelles d’Aokas et de la région, il s’acharne aussi à la protéger, à la renforcer et à la développer pour raffermir sa réhabilitation dans l’espace linguistique de la planète.

 

D’ailleurs, grâce à la conjugaison des efforts des linguistes et chercheurs berbères, cette langue mère, plusieurs fois millénaire, manifeste de plus en plus et de mieux en mieux son existence, à la fois chez elle et dans le monde. Menacée de disparition après les années d’indépendance, Le Printemps Berbère Du 20 Avril 1980 est venu rappeler que Tamazight a été, est, et sera à jamais cette richesse culturelle et historique d’un peuple fier de ses origines, et plein d’un profond amour pour son Algérie natale.

 

À la suite des nombreux spécialistes de la langue tamazight - dont l’inoubliable Mouloud Mammeri (Dda LMulud) – Medjdoub Nacer s’est lancé à son tour, toute proportion gardée bien sûr, dans une prospection lexicologique et sémantique où il a découvert que des racines de la langue tamazight se trouvaient dans les affixes et les composantes lexicales (verbe, substantif…) d’un grand nombre de langues étrangères. Mais de quoi il retourne exactement ? Dans l’entretien suivant accordé à « Échos de l’Est », Medjdoub Nacer donne les réponses.

 

 

Échos de l’Est : On croit savoir que vous préparez un ouvrage ayant trait à la linguistique. De quoi s’agit-il ?

 

Medjdoub Nacer : Le terme « linguistique » me semble un peu très fort et très vaste qui peut sous-entendre par là qu’il s’agit d’un ouvrage profondément scientifique. Je préfère parler d’un travail qui a trait à la langue, et précisément à l’emprunt lexical sur le plan morphologique et sémantique, sans rapport avec la syntaxe par exemple.

 

Échos de l’Est : Pouvez-vous nous donner un exemple précis ?

 

Medjdoub Nacer : Soit le terme anglais « summer » qui signifie « été : saison la plus chaude » et dont la structure est basée sur les consonnes SMR appelés aussi Radical, du moins dans les langues comme le Berbère. Ce radical en question est repérable dans le terme amazigh « asammar «  / asamar » signifiant « période de soleil », d’où le verbe « summer » : s’exposer au soleil. On remarque nettement la similitude tant du point de vue morphologique que sémantique. Comme on le retrouve aussi dans « samur » - attesté dans le dialecte amazigh chaoui - signifiant « brasier, qui donc n’est pas sans relation avec les précédents.

 

Échos de l’Est : Qu’est-ce qui a motivé vos recherche ?

 

Medjdoub Nacer : En réalité, nombreux sont les facteurs m’ayant motivé à entreprendre ce type de recherches. Pour n’en citer qu’un seul, il y a l’existence d’un fait scientifique émanant des grands spécialistes de diverses disciplines : archéologie, paléontologie, linguistique, anthropologie, sociologie…, non seulement de l’époque contemporaine, mais aussi de la plus haute antiquité, tels que Platon (428/347 av.J.C.), Hérodote (484/425 av.J.C.). Ces connaisseurs, en parlant du fait berbère, écrivaient sans subjectivité sur l’apport incontournable de ce peuple à la civilisation universelle tant par sa langue, son alphabet, son savoir-faire, etc. Certains chercheurs talentueux avancent même, sans tâtonnement, que la langue berbère est la matrice des langues que connaît l’humanité. Tout cela n’a fait que renforcer ma conviction forgée depuis des années, à savoir que tel ou tel terme de telle ou telle langue ne peut être qu’un vocable berbère, et partant, que les langues anglaise, française, allemande… sont truffées de vocables, de racines de la langue de nos ancêtres. Comment donc, devant ce postulat, ne pas entreprendre des recherches dans les différents dictionnaires pour en extraire ces racines berbères qui abreuvent l’arbre généalogique des langues de ce monde ?

 

Échos de l’Est : Travaillez-vous seul ou en équipe ?

 

Medjdoub Nacer : Concernant cet ouvrage en question, je travaille seul en attendant de me faire aider par d’autres personnes de diverses localités de la région. Car, pour le moment, celles-ci mettent en œuvre d’autres projets concernant la collecte de contes, de proverbes et de poèmes anciens ainsi que la constitution d’un lexique toponymique.

 

Échos de l’Est : Quels sont les moyens utilisés pour arriver à vos fins ?

 

Medjdoub Nacer : L’essentiel de mes moyens repose sur les outils linguistiques qui sont à ma disposition, notamment les dictionnaires traitant des différents dialectes de la langue tamazight : kabyle, chaoui, mozabite, targui…, ainsi que les dictionnaires des autres langues étrangères.

 

Échos de l’Est : Quand comptez-vous publier vos travaux ?

 

Medjdoub Nacer : Quand toutes les conditions seront réunies. Pour l’instant l’ouvrage est en construction.

 

Échos de l’Est : Avez-vous quelque chose à ajouter ?

 

Medjdoub Nacer : D’abord, je voudrais saisir l’occasion que m’offre « Échos de l’Est » pour lancer un appel à toute personne intéressée par ce projet de venir apporter sa pierre à la construction d’un édifice pour   sauver ce qui reste de la  mémoire collective de nos vieux et de nos vieilles. Il est temps, comme disait feu Mouloud Mammeri, de « happer les dernières voix avant que la mort ne les happe. »

 

Permettez-moi de terminer avec un  jeu de mots à l’endroit du nouveau mensuel de notre région : j’espère que mon appel recevra un écho dans chaque localité de l’Est, zone où s’effectue la collecte d’informations pour nos travaux.

                                                                                       

                                                                                    


 

 

 

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